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L'ESP, le masque 100% recyclable et 100% français

23 octobre 2020

L'ESP, le masque 100% recyclable et 100% français

Lors d’un contrôle de gendarmerie au début du confinement, Christophe Bertrand, dirigeant de la société Simon, est choqué par le fait que les forces de l’ordre ne portent pas de masques « pour ne pas effrayer la population ». Pendant ce trajet, il a l’idée de créer un masque transparent. Rencontre avec un dirigeant bien décidé à ne pas rester les bras croisés.

Christophe Bertrand a repris l’entreprise Simon en 2017 avec l’intention de se développer autour de trois axes stratégiques : la RSE, l’innovation et l’international. Dès le début de la crise sanitaire du Covid-19, il développe un produit hybride entre le masque et la visière qu’il nomme ESP, pour Ecran Stop Postillons. 

Comment vous est venue l’idée de l’Ecran Stop Postillons ?

Dès le début du confinement, suite aux annonces d’Emmanuel Macron, j’ai mis mes salariés à l’abri en fermant l’usine et nous avons assuré la permanence avec mon chef d’atelier. Le 19 mars, lors d’un contrôle par un gendarme, je me rends compte qu’il porte un masque à la ceinture alors qu’ils étaient introuvables à ce moment, que les soignants en manquaient cruellement. Il m’apprend que sa hiérarchie lui interdit de le porter pour ne pas effrayer la population. Pendant ce trajet, j’ai eu un déclic. Il fallait que j’invente un masque transparent pour ce gendarme. Il fallait que je trouve une solution innovante que l’on pourrait fabriquer en masse et très rapidement. Dès le lendemain, je découpe des premiers prototypes et appelle mon outilleur et cabinet de dépôt de brevet pour leur demander de se tenir prêts.

Un handicap invisible

La Société Française d’Audiologie recommande l’homologation, la mise à disposition et le port de masques transparents pour tous les professionnels amenés à côtoyer des personnes malentendantes (éducation, soignants, commerçants, services publics …) mais également dans les entreprises accueillant des travailleurs malentendants, afin de maintenir les échanges, d’assurer la sécurité de tous et de maintenir l’intégration des personnes sourdes et malentendantes. La lecture labiale demeure indispensable pour la majorité des personnes malentendantes adultes et enfants.

Vous présentez l’ESP comme un produit frugal. Pouvezvous nous en dire plus ?

En effet, l’ESP est frugal de conception. Mon cahier des charges était que le produit soit terminé en un seul coup de presse, il nécessite ainsi peu d’énergie. Le masque est monomatière, sans ajout d’élastique ou de coton, en PVC modifié apte au contact alimentaire et à la peau de bébé. C’est un produit réutilisable et 100% recyclable, donc frugal pour l’environnement. Son prix également est frugal ! Mon ambition était de pouvoir répondre à un besoin et d’équiper un maximum de français en un minimum de temps.

L’ESP pourrait être une alternative aux masques jetables ?

Oui tout à fait, d’un point de vue écologique, par son caractère réutilisable et recyclable. C’est un produit plus vertueux. Il me reste encore à mesurer les bénéfices en matière de protection, mais il nous manque actuellement un cadre normatif de comparaison par rapport aux autres types de protection.

« Ma priorité est d'aller vers ceux qui souffrent du manque de transparence des masques conventionnels. Les personnes sourdes et malentendantes sont pénalisées par le port du masque »

Comment passer du stade du prototype au produit fini ?

Très rapidement en fait ! Avec le recul, je réalise qu’on a tendance à dire que les process sont toujours longs, mais pas forcément. Entre le moment où nous avons amélioré le prototype et déposé le brevet, deux jours s’étaient écoulés depuis le contrôle de gendarmerie. Mon outilleur mettra quatre jours à fabriquer l’outillage, et une semaine après le dépôt de brevet, je sortais mes premières pièces. Petit à petit, un écosystème s’est constitué autour du projet, avec le cabinet de dépôt de brevet, l’outilleur, mon fournisseur de matière avec lequel nous améliorons le confort de l’ESP (diminution des épaisseurs, meilleure souplesse, réduction des odeurs), un consultant spécialiste dans les normes, ainsi que la Chambre de Commerce et d’Industrie de Bourgogne Franche-Comté. Ensemble, nous sommes allés au bout du projet. Il ne reste que la dernière marche à franchir : obtenir une homologation du produit.

Votre masque hybride est maintenant commercialisé ?

Oui, il est produit en série depuis le mois de mai. En juillet, nous en avions vendu 20.000 exemplaires. C’est un succès mitigé, la nouvelle abondance de masques sur le marché étant un frein. L’ESP se vend sur des niches bien particulières, sur lesquelles je me concentre. Ma priorité est d’aller vers ceux qui souffrent du manque de transparence des masques conventionnels. Les personnes sourdes et malentendantes sont pénalisées par le port du masque. Les personnes atteintes de handicap sensoriel, les jeunes enfants ont également besoin de pouvoir lire les expressions du visage pour interpréter les émotions. En élargissant, l’ESP peut aussi intéresser tous les professionnels en lien avec du public.

Et notre gendarme ?

Oui ! Les gendarmes de terrain, que j’ai recroisés lors d’un nouveau contrôle en avril, ont été très réceptifs à notre produit. Ils ont trouvé ça génial. Même s’il semble que maintenant, les gendarmes aient le droit de porter des masques classiques. J’ai quand même un sentiment de gâchis, car même si l’ESP n’était pas filtrant comme un FFP2, il aurait pu protéger très vite des milliers de professionnels.

Le manque de certification est un frein à la commercialisation ?

Aujourd’hui, on parle de « Port de masque obligatoire » mais on ne dit pas quel masque. Un masque fait maison est autorisé, alors qu’il n’a aucune certification. De notre côté, nous avons mené une démarche rigoureuse de développement et nous vendons notre ESP en conformité avec la directive de sécurité générale des produits (directive 2001/95/CE). Je n’ai pas voulu profiter de l’aubaine de la crise, je savais que je ne ferai pas de chiffres dans l’immédiat, car j’ai voulu sortir un produit complètement abouti et sans risques. Mais j’ai décidé d’aller encore plus loin avec l’aide d’un cabinet spécialisé dans les normes des dispositifs médicaux et EPI, pour constituer un référentiel normatif propre à notre produit. La norme n’existe pas ? On va la créer !

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