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Prix du plastique PVC

27 octobre 2020

Augmentation des prix du PVC sur fond de pénuries

Les prix européens du PVC ont augmenté une nouvelle fois en octobre, soit le cinquième mois de hausses consécutives pour le matériau. Les prix spots des grades PVC suspension se seraient, selon le Platts, fixés à 850 euros/tonne à partir de la seconde quinzaine du mois. L’augmentation se chiffrerait donc à 30 euros/tonne et permis au prix du matériau d’atteindre son plus haut niveau depuis le début de l’année 2020.

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Multiplication des arrêts de production de PVC

Les premières annonces de hausses de prix du PVC ont eu lieu en juin. Celles-ci étaient motivées par le redémarrage des chantiers du secteur européen du BTP, dont l’activité a bien repris une fois le confinement terminé. La demande européenne de profilés en PVC, tels que les menuiseries et les canalisations, a ainsi explosé depuis la fin du printemps. Le niveau de l’offre de matériau était alors normal, mais s’est depuis largement dégradé. En effet, plusieurs sites de production sont à l’arrêt.

Kem One, un fabricant français de PVC, a par exemple déclaré une Force Majeure le 13 octobre dernier sur la production de PVC suspension et masse de ses sites de Saint-Fons et Balan. Shin-Etsu a également déclaré un cas de Force Majeure à la même date, sur la production de son site de Pernis (Rotterdam), aux Pays-Bas. Ce dernier cas serait justifié par la survenue d’une panne électrique importante au sein d’une raffinerie voisine, ce qui aurait nécessité l’arrêt du site.

Ces deux cas de Forces Majeures sur les PVC ont été précédés par une annonce similaire chez Inovyn le 1er septembre 2020. Les livraisons de plastique des sites scandinaves du producteur sont en effet compromises par un cas de Force Majeure déclaré sur le site de Rafnes, en Norvège, où est fabriqué du VCM, un matériau utilisé dans la production de PVC. Les activités de ce dernier, qui appartiennent à Noretyl, une société sœur d’Inovyn, ont été arrêtées suite à une panne électrique. Aucune date de redémarrage n’a été annoncée au moment de la rédaction de cet article.

Cet arrêt de production a contraint Inovyn a déclarer plusieurs cas de Forces Majeures sur la production de PVC de ses sites de Newton Aycliffe, au Royaume-Uni, de Steningsund, en Suède et de Porsgrunn, en Norvège. Le producteur a donc pris la décision d’allouer les volumes de PVC disponibles, et des délais de livraison supplémentaires ont été constatés par les plasturgistes français. Les volumes de PVC produits par ces trois sites auraient été réduit de 50%.

La multiplication des cas de Forces Majeures sur les PVC se conjugue au démarrage de plusieurs cycles de maintenance. Ceux-ci auraient dû avoir lieu au printemps dernier mais ont finalement été décalés à l’automne en raison de la crise sanitaire qui a frappé l’Europe. Kem One a ainsi lancé une maintenance sur son site français de Saint-Auban le 10 octobre 2020. Les sites de Vynova à Mazingarbe, en France, et Beek, aux Pays-Bas, sont également arrêtés pour maintenances depuis le 5 octobre dernier. Le site allemand d’Innovyn à Rheinberg fait également l’objet d’une maintenance depuis le début du mois. Pour rappel, un cycle de maintenance dure en moyenne entre 4 et 6 semaines, parfois plus en fonction de la vétusté des sites concernés. Selon le Platts, certains sites de production de PVC rencontrent aujourd’hui des difficultés pour redémarrer, ce qui pourrait contribuer à faire durer les différents cas de Forces Majeures et les arrêts pour maintenance.

Pénurie de matières premières

Les arrêts cités plus hauts engendrent à eux seuls une situation critique pour le marché européen du PVC.  A cela s’ajoute une pénurie de monomère de chlorure de vinyle (VCM), la matière première principale utilisée pour la production du PVC, avec l’éthylène. La faiblesse de l’offre de VCM contraint certains fabricants de PVC à faire tourner leurs sites au ralenti, et donc à diminuer leurs volumes de production.

La Force Majeure de Noretyl, évoquée plus haut, contribue à expliquer ce phénomène. Il a également été rapporté que les sites allemands de production de PVC basés le long du Rhin ont des difficultés à se faire livrer des quantités suffisantes de VCM par bateau en raison des récentes intempéries.

La chaîne de valeur du PVC rencontre donc d’importants blocages en amont, qui empêchent les producteurs dont les sites sont en activité de fabriquer des volumes normaux. La demande de PVC ayant explosé, ils se retrouvent dans l’incapacité de constituer des stocks suffisants pour répondre à la demande de leurs clients. Seule l’arrivée de l’hiver leur permettra de recréer des stocks de matériaux grâce au ralentissement du secteur du BTP, et donc de l’apaisement temporaire de la demande.

Augmentation des exportations de PVC vers la Turquie

La Turquie est l’un des marchés clés à l’exportation des producteurs européens de PVC. Elle a donc été durement impactée par la pénurie survenue sur le Vieux Continent, en plus de l’arrêt des importations de plastique produit en Egypte et aux Etats-Unis. Ces deux pays fourniraient en effet 10% de la consommation annuelle turque de PVC.

Ces deux phénomènes ont donc provoqué d’importantes augmentations des prix du PVC en Turquie, qui peuvent atteindre jusqu’à 1600 euros/tonne selon les grades, soit environ 600 euros/tonne de plus qu’en Europe.  

Il n’est donc pas étonnant que les exportations des producteurs européens de PVC vers la Turquie aient augmenté de 9% cette année, selon l’Institut de statistiques turc Turkstat. Les volumes importés par ce marché devraient donc passer de 700 000 tonnes en 2019 à 764 000 tonnes en 2020. La valeur monétaire de ces exportations devrait quant à elle progresser de 2% par rapport à l’année précédente, puisque les fournisseurs basés en Europe profitent ainsi des prix plus élevés pratiqués en Turquie.

La Turquie ne compte qu’un seul producteur de PVC : Petkim. Ce dernier a annoncé une baisse prévue de ses volumes de production. Ils vont ainsi chuter de 10.5%, pour passer de 143 000 tonnes annuelles en 2019 à 128 000 tonnes en 2020. Petkim prévoit également de diminuer la production de ses lignes de PVC émulsion de 22%. Le site a actuellement une capacité annuelle de 150 000 tonnes. Dans le même temps, la consommation turque de PVC va augmenter. Les importations en provenance de l’Europe sont donc bienvenues.

Cette hausse fulgurante de la demande s’explique par la bonne santé du secteur turc du BTP, et ce malgré la pandémie. Le gouvernement turc prévoit en effet d’investir dans les infrastructures énergétiques et des transports, ainsi que dans l’immobilier résidentiel. Les emprunts immobiliers des particuliers ont en effet triplé entre janvier et juillet 2020, par rapport à la même période de l’année précédente. D’autres investissements sont prévus dans le cadre du 11ème plan de développement quinquennal (2019-2023) , également financé par le gouvernement.

A cela s’ajoute l’augmentation de 17% de la consommation d’emballages plastiques en Turquie en raison de la crise sanitaire. Les consommateurs, comme ailleurs, font plus attention aux garanties d’hygiène et de sécurité des produits qu’ils achètent, d’où une hausse de la demande de plastiques, dont les PVC. Cette tendance pourrait s’inscrire dans la durée puisque le cadre réglementaire turc vis-à-vis des plastiques évolue moins rapidement qu’en Europe.

Les producteurs européens de PVC ont donc l’opportunité de vendre leurs résines à meilleur prix en Turquie. Ils font donc le choix de commercialiser des volumes importants de matériau à l’export, ce qui a pour effet d’accentuer la pénurie européenne.

Des difficultés d’approvisionnement à prévoir jusqu’à la fin de l’automne

L’offre européenne de PVC est donc compromise par plusieurs facteurs : une chute vertigineuse de la production de VCM, plusieurs arrêts de production de PVC en Allemagne, en France, au Royaume-Uni et en Scandinavie, en partie causés par plusieurs cas de Force Majeure, ainsi qu’un mouvement d’exportation de volumes importants de PVC vers la Turquie, où la demande explose.

La conjugaison de ces phénomènes est dommageable au secteur européen du BTP qui, bien qu’il ait pu redémarrer rapidement après le confinement, a tout de même été impacté économiquement par la crise. La situation ne saurait d’ailleurs se régler en une fois. Il s’agit à la fois de redémarrer avec succès les sites qui font l’objet de maintenances, mais aussi ceux qui ont été arrêtés suite à des pannes électriques et sont encore sous le coup de Forces Majeures. Pour ceux qui ne peuvent produire à 100% de leurs capacités, il leur faut attendre que l’offre de VCM n’augmente à nouveau. Enfin, rien ne laisse penser que les producteurs européens cesseront d’exporter du PVC en masse vers la Turquie.

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